amibiase

Le conseil de la CFE

L'amibiase, qu'on appelle désormais amoebose, est une protozoose digestive fréquente dans les pays en développement.

Amibiase
auteurs : Frédéric Méchaï et Benjamin Wyplosz
L'amibiase, qu'on appelle désormais amoebose, est une protozoose digestive fréquente dans les pays en développement. On estime qu'il y a environ 50 millions de cas par an dans le monde. Elle est due au protozoaire Entamoeba histolytica, qui est transmis par voie fécale-orale. Le diagnostic repose sur la mise en évidence du parasite dans les selles. Une sérologie est utile en cas de forme tissulaire.

  Qu'est ce qu'une amibiase ?

L'amibiase est une maladie infectieuse transmissible due à un parasite de la classe des protozoaires.

L'homme est le seul réservoir du parasite qui existe sous 2 formes : soit un kyste éliminé par le tube digestif et résistant dans un environnement extérieur humide pendant plusieurs semaines (Figures kystes), soit un trophozoïte hématophage métaboliquement actif (Figures trophozoïte). La contamination se fait par voie orale par l'ingestion de kyste directement à partir d'un malade (manuportage ou contact étroit), ou indirectement par consommation de nourriture ou de boissons souillées par des matières fécales.

Figure 1. Trophozoïtes d'E. histolytica (schéma et photographie)

Schéma de trophozoïte de Entamoeba histolytica.


Photographie de trophozoïte de Entamoeba histolytica après coloration au trichrome.

Figure 2. Kystes d'E. histolytica (schéma et photographie)

Schéma de kyste de Entamoeba histolytica.


Photographie de kyste de Entamoeba histolytica après coloration au trichrome.
Source : CDC

  Où la maladie sévit-elle ?

L'amibiase est présente dans le monde entier, en particulier dans les régions à faible niveau sanitaire. La prévalence des anticorps dirigés contre E. histolytica est de 6% à 25% dans les pays en voie de développement, et peut excéder 50% dans certaines régions.

  Quels sont les risques ?

Le risque pour le voyageur est d'autant plus important que le séjour est prolongé (plus d'un mois), a lieu en zone rurale, dans de mauvaises conditions sanitaires et sans maîtrise possible de l'alimentation et des boissons.

  Comment se présente la maladie et comment la diagnostiquer ?

La période d'incubation s'étend de 2 à 4 semaines (extrêmes : quelques jours à plusieurs années). La maladie peut prendre de nombreux aspects cliniques (Tableau 1) rendant parfois le diagnostic difficile : portage chronique, dysenterie amibienne d'évolution subaiguë, colite fulminante.

Tableau 1 - Formes cliniques de l'amibiase.

D'après Petri WA Jr. and Singh U. Clin Infect Dis.

  Comment fait-on le diagnostic ?

Le diagnostic repose sur la mise en évidence d'E. histolytica au cours d'un examen parasitologique de selles fraîchement émises (Figures kyste et trophozoïte).

Cependant, de nombreuses amibes non-pathogènes peuvent aussi être mises en évidence : Entamoeba dispar (impossible à distinguer de E. histolytica par l'examen microscopique), Entamoeba coli, Entamoeba hartmanni, Entamoeba polecki, Endolimax nana, Iodamoeba buetschlii.

Une rectosigmoïdoscopie permet de visualiser des lésions ulcéreuses confirmées par examen pathologique (voir Figure colite). La sérologie est inconstamment positive.

Figure 3. Aspect macroscopique à la recto-sigmoïdoscopie (A) et coupe histologique typique (B) de colite amibienne

D'après Petri WA Jr. and Singh U. Clin Infect Dis 1999.

Tableau 2 - Présentation clinique et examens complémentaires au cours de la colite amibienne

Formes amibiennes extra-intestinales

Des formes amibiennes extra-intestinales peuvent survenir (Tableau 1). Il s'agit le plus fréquemment d'un abcès hépatique fébrile (Tableau 2). La diarrhée est inconstante et E. histolytica n'est visible dans les selles que dans 20% des cas. Il existe une polynucléose neutrophile avec syndrome inflammatoire. L'abcès est habituellement visible par échographie ou scanner (Figure scanner). Le diagnostic est établi par la sérologie, qui peut souvent être obtenue en urgence.

Figure 4. Photographie d'abcès hépatique amibien au scanner abdominal

D'après Petri WA Jr. and Singh U. Clin Infect Dis 1999.

  Comment se prémunir ?

Il n'existe pas de vaccin ou de traitement préventif.

Pour ne pas se contaminer, il faut respecter des mesures d'hygiène universelles qui protègent contre d'autres maladies transmises par voie orale (choléra, hépatite A, typhoïde):

- Se laver mains fréquemment, en particulier avant de manger, après un passage aux toilettes.
- Éviter les aliments crus (en particulier les coquillages), le lait non pasteurisé (contaminé au moment de la traite), les glaces, et les glaçons ne consommer que des aliments cuits, bouillis ou qu'on a épluché soi-même (cook it, boil it, peel it or forget it des anglo-saxons).
- Boire de l'eau minérale stérile encapsulée, des sodas en boîte, filtrer l'eau (filtres Katadyn®), la faire bouillir ou la désinfecter (Micropur®, Aquatabs®).

  Comment traiter une amibiase ?

Une amibiase intestinale ou tissulaire doit être traitée par un amoebicide tissulaire : métronidazole 500mg x 3-4/j pendant 7 à 14 jours (30-50mg/kg/j chez l'enfant). Il doit être suivi d'une ou plusieurs cures d'amoebicide de contact pour prévenir le portage chronique : tibroquinol (Intétrix) 2 gélules x 3/j pendant 10 jours. Un examen parasitologique des selles est indispensable en fin de traitement pour s'assurer de l'éradication des amibes.

Le drainage percutané ou chirurgical des abcès amibiens est réservé aux échecs du traitement médicamenteux et aux lésions de grand diamètre risquant se rompre dans les tissus environnants. L'amibe est rarement retrouvée dans le pus d'aspiration. La sérologie se négative entre 3 et 12 mois après traitement.

Tableau 3 - Signes cliniques et examens complémentaires au cours d'un abcès amibien hépatique.


  Bibliographie

- Center for disease control and prevention. Health information for international travel. Atlanta, Public Health service.
- Recommandations sanitaires pour les voyageurs. BEH 2015
- CMIT. Amoebose. In E. Pilly : Vivactis Plus Ed ; 2010.
- Petri WA Jr. and Singh U. Diagnosis and management of amebiasis. Clin Infect Dis 1999 ; 29:1117/25.
- Recommandations sanitaires pour les voyageurs. BEH n° 21-22 du 9 juin 2015.
- Pilly E. Maladies infectieuses et tropicales. 25e édition 2016.